Le 8 mars dernier les bougeuses du cercle grenoblois « Bouge ta boîte » nous ont proposé une « Soirée inspirante » avec 7 témoignages de femmes de différents horizons : chercheure, scientifique, artiste, fondatrice d’une association, chef d’entreprise. Une soirée organisée et animée par Cécile Bouquet, Lorette Glasson et Carine André, en partenariat avec Oobee à Meylan.

Aujourd’hui, 38 % des créateurs d’entreprises sont des femmes et seulement 20% vivent vraiment de leur activité.
Mais quand les femmes franchissent le cap, la profitabilité de leurs entreprises est supérieure de 9 % à celles dirigées par des hommes. Cécile Bouquet nous interpelle : « seulement 16% des femmes entrepreneures se rémunèrent correctement », qu’est-ce que veut dire correctement ? Le smic, et oui… alors que nous avons des diplômes, des compétences, de l’expérience.

Le ton est donné : la passion ne suffit pas, empowerment et leadership sont nécessaires pour que les femmes puissent s’épanouir dans leur travail et aussi en vivre lorsqu’elles sont cheffe d’entreprise. Avec cette particularité de donner du sens à leur vie professionnelle et d’avoir un impact positif sur la société.

En cette date du 8 mars, journée internationale pour les Droits des Femmes, les cercles isérois du réseau national Bouge Ta Boite ont mis en lumière l’audace et la réussite au féminin ! Nous vous partageons dans cet article les moments forts de cette soirée, pour diffuser en vous toute l’énergie de ces femmes engagées.

Femmes témoins et le trio d’organisatrices Bouge ta boîte – Grenoble

Chaque invitée se présente et nous confie son mot inspirant pour cette soirée :

  • Séverine Le Loarne Lemaire, enseignante chercheuse à GEM, chaire Entrepreneuriat au féminin.
  • Delphine Delaunois, coach et gérante de Oobee espace de coworking et essaimage. Mot inspirant : éclaireuse, pour aller vers sa lumière, son chemin.
  • Muriel Beaudoing, journaliste et fondatrice du média indépendant « Place Gre’net » en 2013. Mot inspirant : liberté.
  • Emilie Viasnoff, scientifique au CEA, commissariat à l’énergie atomique ET aux énergies alternatives. Travaille au LETI, fait partie du comité de direction. Mot inspirant : créer.
  • Alexandra Jover, fondatrice et présidente de l’association Sara pour le retour à l’emploi des femmes après un cancer. Mot inspirant : bienveillance.
  • Marjorie Rivolta, sœur d’Alexandra et vice-présidente de l’association. Mot inspirant : passion.
  • Rébecca (!) fabulatrice, architecte devenue artiste, elle réalise des sculptures avec des bretelles de soutien-gorges (stocks invendus en haute couture). Mot inspirant : liberté. « J’adore faire des choses que je n’ai jamais faites. » « J’ai l’impression d’être enfin moi ».

Lorette Glasson et Carine André interrogent tour à tour les invitées :

Entrepreneure, une vocation ou le fruit du hasard ?

Rébecca : une vocation. J’ai toujours stocké des objets, accumulé. Pendant 20 ans j’ai mis tout ça de côté, en faisant architecte je rassurais mes parents. Puis ça a mûri et j’ai croisé les bretelles. Le dessin permet d’exercer le regard, et le regard c’est voir les choses différemment.

« L’art ce n’est pas un hasard. Les bretelles c’est un hasard. »

Delphine : j’ai fait une école de commerce, puis passé 17 ans dans l’immobilier au sein de l’entreprise familiale. J’ai bien gagné ma vie et bien galéré aussi. J’ai finalement voulu revenir à ce que je voulais être à 18 ans, psychologue. Mais les études sont longues, je me suis donc formée au coaching. Ce n’est donc pas le fruit du hasard, c’est un chemin.

Emilie : mon métier est une vocation. J’ai toujours voulu comprendre le monde qui m’entoure. J’aime pouvoir inventer, faire les objets du quotidien du futur.

De quoi êtes-vous le plus fière ?

Séverine : ma collection de cas pédagogiques en BD sur l’innovation. Je ne me sens pas particulièrement fière, lorsque j’ai terminé un projet, je vois déjà le prochain combat.

Muriel : moi aussi, je suis une éternelle insatisfaite. Je suis quand même fière d’avoir créé un média indépendant. Très peu de femmes l’ont fait.

Marjorie : je suis fière d’avoir organisé un événement annuel pour Octobre rose. Un programme d’ateliers avec des intervenants très différents, pour donner envie aux personnes en rémission de faire de nouvelles choses, par exemple de l’escrime adapté au lieu du kiné. « On n’est pas malade finalement. »

 

Vos valeurs : comment les faire cohabiter avec une activité pro, se vendre, développer sa boîte ?

Rébecca : je veille à garder une certaine universalité, je veux que mes œuvres soient accessibles. Ce qui est important pour moi c’est le Partage, transmettre la joie de créer. Pour mes clients j’essaie de trouver un équilibre avec des missions pour des collectivités (animation d’ateliers, les personnes repartent avec leurs œuvres) et aller chercher l’argent où il est (hôtel 5 étoiles, à Paris, à Courchevel, …). Je fais parfois le grand écart, un contraste d’univers dans un même élan artistique.

Alexandra : ce sont justement mes valeurs qui m’ont fait quitter mon travail car j’avais besoin de replacer l’humain au cœur de mon activité. J’essaie de travailler autrement. Je choisis les gens avec qui j’ai envie de travailler. Je suis en phase avec mes valeurs.

Delphine : je vis mes valeurs au quotidien chez Oobee : accueil d’associations, d’événements, … Je concilie ça avec mon business de coach. « On peut gagner notre vie en étant bienveillante, solidaire ». C’est un système pour faire travailler d’autres personnes. « Lâchez-vous, gagnez des sous, levez les barrières ! L’argent n’est pas sale, cela permet d’être autonome financièrement. Quand on gagne plus d’argent on est plus visible. »

Quel atout ça peut être d’être une femme ?

Emilie : plus on monte dans les codir moins il y a de femmes. On n’a pas le même regard que les hommes sur notre activité. Les femmes font preuve de plus de bienveillance, de solidarité, d’attachement à l’autre. « Je m’attache à voir un projet en évaluant l’impact sur les autres, sur la société, et pas que sous l’angle du business. » C’est important d’aligner ses objectifs professionnels avec ses valeurs. Cela fait réfléchir les hommes du coup, on leur apporte un autre angle de vue. Il faut de la diversité. Les femmes sont moins formattées, plus accueillantes, plus tournées vers les autres.

Muriel : dans la presse aussi les femmes souffrent de mysoginie. Généralement les femmes sont pigistes, et puis plus on monte plus il y a d’hommes. Elles sont plus nombreuses dans la presse féminine et santé. La presse scientifique, économique et politique est largement occupée par les hommes. Heureusement, de plus en plus de femmes intègrent les écoles de journalisme. Pour Place Gre’net, être une femme m’a permis je pense d’adopter une stratégie plus douce, pour faire accepter ce média petit à petit. J’ai choisi l’océan bleu (paix) plutôt que l’océan rouge (violence). Cela a été très dur au début car les réactions de mes pairs étaient violentes, mais aujourd’hui nos relations avec les autres médias grenoblois sont pacifiées tout en étant affirmées, toujours pro.

Séverine : en neurosciences hommes et femmes ont le même cerveau. Mais en sociologie, on peut se poser la question de l’importance du genre dans les comportements. Y a-t-il une façon de manager comme un homme, comme une femme ?

 

Comment trouvez-vous l’inspiration ? Auprès de qui ?

Rébecca : Nicki de Saint Phalle pour son parcours : mannequin, très bonne famille, a fait le choix d’être artiste, avec des œuvres accessibles à touts. Elle s’est créé une mythologie personnelle, « Je suis dans le délire de moi-même ». J’adore Marteen Bas, designer, extrêmement connecté à l’enfance. Ne pas se mettre de barrières, accepter les pensées saugrenues, savoir les reconnaître. L’enrubannage est comme un cocon : en transformation, comme une momie. Archétypales, ces pensées deviennent des obsessions.

« Etre à l’écoute, même si c’est complètement ridicule et que ça vous plaît, il faut chérir ça. Ne jamais se dire qu’on est ridicule ».

Marjorie : notre inspiration c’est bien sûr notre amie Sara qui ne vit plus aujourd’hui. C’est pour elle qu’on fait ça. Cela nous donne la force de trouver de nouvelles idées, d’accompagner les femmes, de les aider à se révéler. Elles aussi nous inspirent, elles sont toutes particulières et nous apportent beaucoup.

Delphine : pas de modèle particulier. Je suis en admiration de ce que font les gens. Je suis fan, bravo, merci. Simon Veil a fait bouger les lignes : que les femmes portent haut nos droits, nos valeurs. Ne soyons pas en proie avec la misogynie, l’intégrisme, qu’on ait notre place dans la société, on est des guerrières.

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui veulent entreprendre ?

Delphine : « si vous avez peur c’est que vous êtes sur la bonne voie ».

Emilie : « se faire confiance », « savoir être agile pour repartir dans la bonne trajectoire ».

Muriel : « de la détermination et du travail »

Rébecca : « le travail également, avancer pas à pas. Regarder le haut de la montagne puis revenir à notre travail, faire une chose, puis une autre. »

Alexandra : « accepter les imperfections », « prendre du temps pour vous ».

Séverine : « rêver »

A quoi carburez-vous ? Qu’est-ce qui vous stimule, vous donne de l’énergie ?

Marjorie : les autres, les rencontres inspirantes, les différents milieux sociaux.

Delphine : le plaisir. Tellement de plaisir que j’ai l’impression de ne pas travailler.

Muriel : le plaisir de travailler, retour des lecteurs qui nous remercient et prouvent notre utilité. Le nombre de fans facebook aussi !

Emilie : le rêve que ce qu’on fait au LETI crée des emplois, avec un impact positif sur la société. Moins d’inégalité.

Alexandra : l’impact social, l’aide aux femmes.

Rébecca : je suis en activité depuis 1 an, et le kiff complet d’avoir un truc à moi. Avoir des visions, des projets, des envies, imaginer et les faire passer de l’idée au concret. L’oeuvre c’est le processus pour créer l’oeuvre.

Séverine : carbure au café. Créer des coups de bol, passer d’un projet à un autre, voyager.

La soirée s’est poursuivie en toute convivialité chez Oobee, autour d’un buffet préparé par Annabelle et Savoirs.

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Merci à Carine André, Lorette Glasson et Cécile Bouquet pour avoir organisé et animé cette soirée, avec des témoignages de femmes inspirantes, en entreprise ou entrepreneure. Les participantes (et participants !) sont reparties reboostées, avec un sentiment fort de partage et de bienveillance. On attend la prochaine édition avec impatience !

En savoir plus sur le réseau Bouge ta boîte

Découvrir Oobee espace de travail et essaimage à Meylan.

Crédit photos : Virginie Orsi

Témoignages de femmes inspirantes // Retour en images « Bouge ta boîte » Grenoble

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